« La grammaire est une chanson douce » d’Erik Orsenna

Je ne sais pas comment ce livre de 130 pages est arrivé dans mes mains. Est-ce un livre scolaire d’une de mes filles ? Je n’en sais rien. Poésie, légèreté et amour de la langue française au programme de ce conte délicieux de l’académicien français.

Thomas et sa soeur Jeanne, passionnée par les mots, sont deux enfants. Au cours d’un voyage en mer, une tempête les projette sur une île inconnue. Ils ont non seulement perdu leur orientation, mais aussi leur voix.

Durant leur séjour sur l’île, ils feront la connaissance de plusieurs personnages : Monsieur Henri, leur guide attentionné, toujours en manque de rimes, flanqué de sa guitare et de son neveu.

Ils rencontreront aussi une très, très, très vieille personne, « pas seulement ridée mais crevassée, ravinée, creusée, de vrais canyons, les yeux perdus sous d’invraisemblables plis et la bouche disparue au fond d’un trou… » Une grand-mère. Ou une grammaire ? Je penche pour la seconde.

Ils devront se méfier de Nécrole, le gouverneur de l’archipel qui ne supporte pas que des humains puissent aimer des mots. De temps en temps, il « envoie des hélicoptères équipés de lance-flammes et fait brûler une bibliothèque. »

Cela vous rappelle-t-il quelque chose ou quelqu’un ? Ou la novlangue du 1984 de Georges Orwell ?

« Les mots aiment le papier, comme nous le sable de la plage ou les draps du lit. »

Encore des mots, toujours des mots

La rencontre la plus forte que les enfants vont faire, c’est avec… les mots. Des mots qui ont fui la bouche des hommes pour trouver refuge dans une ville abandonnée, la Ville des mots.

 

Illustration parmi d’autres très poétiques

Verbes, adjectifs, pronoms et autres articles vivent ainsi à l’abri des humains, à peine dérangés par la visite de monsieur Henri et de ses hôtes.

La petite troupe découvrira l’hôpital des mots mais aussi l’usine « la plus nécessaire de toutes les usines », dirigée avec amour par un directeur à corps de girafe.

« Une phrase, c’est comme un arbre de Noël. Tu commences par le sapin nu et puis tu l’ornes, tu le décores à ta guise. Attention à ta phrase : si tu la charges trop de guirlandes et de boules, je veux dire d’adjectifs, d’adverbes et de relatives, elle peut s’écrouler aussi. »

Jeanne comprend que son salut dépend des mots, « petits animaux susceptibles » et du langage et des écrivains. Elle puisera dans cette usine unique les mots dont elle se souvient, des nouveaux aussi. Elle jouera avec eux, loin de l’enseignement pesant et ampoulé (de batterie).

Son frère Thomas, tombé amoureux de la musique, s’en sortira lui aussi. « Solfège et grammaire, même combat. »

On pense un peu au Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry. L’auteur-aviateur fait d’ailleurs une courte apparition en fin d’ouvrage.

Il faudrait des milliers d’Erik Orsenna pour enseigner l’amour de la langue française à nos enfants.

#nouveaumotmercidico

Erik Orsenna m’a permis d’allonger ma liste de mots nouveaux pour moi et que Twitter garde pour moi grâce au hashtag repris en titre :

  • Échauboulure (rougeur à la suite d’une allergie notamment) ;
  • Écrivain (aussi un insecte coléoptère, car il fait des trous en forme de lettres !) ;
  • Agonir quelqu’un (l’injurier).

« La grammaire est une chanson douce » d’Erik Orsenna, de l’Académie française, au Livre de Poche

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    Le jeu de mots est le seul jeu sans règle.
    ~Fred Lambin