Mes mots dékapants de A à Z

Mes mots dékapants, au complet, mis en contexte pour vous rafraîchir la mémoire.

phil-creatifABSENCE  : défaut de présence. Ce n’est pas un défaut quand le temps vous prend de trop et qu’il est utile de prendre du recul. Une absence ou une vacance. Hors du temps, houleux et pressant de la Laidegique. Ce que je fis pendant une semaine ? Rien. Nada, nihil, schnoll, nothing, pour reprendre des mots entendus au resto couscous, au centre de bien-être Fatima ou encore au beach-volley de la plage d’Agadir. Un moment d’absence désiré depuis des mois. Un temps court mais intense à la fois, comme quand j’ai contemplé mes pieds durant 5 minutes. (Ou mes vacances farniente à Agadir en sept lignes.)

AVION  : (n.m) appareil muni d’ailes et de moteurs. Un des moyens de transports les plus sûrs au monde, aux dires des exploitants d’avions qui s’en mettent plein les soutes. Un crash ne les effraie pas, alors qu’une série noire de pannes peut voir les actions d’une compagnie aérienne chuter en piqué.

Dans notre plat pays, l’avion n’a pas bonne presse. Drame national avec la faillite de la Sabena, une compagnie que nous avions depuis 1923. Catastrophe tragique récente à Temploux. Sujet bruyant et politique avec ces engins qui n’arrêtent pas de se disperser au-dessus de nos lits bruxellois. Trop, c’est trop.

Comble de l’ironie, ce sont des pompiers de Zaventem qui organisent un sauvetage de haut vol… de l’autre côté de la planète (Philadelphie). Dans le pays où l’on prend l’avion comme on prend chez nous le bus. Quand il y en a un.

Alors qu’autre malaise il y a eu avec la disparition d’un Boeing début mars, loin de nos contrées. Et qu’un autre crash-attentat-accident ( ?) est survenu en juillet 2014 dans le ciel plombé de l’Ukraine. Avant la fin du vol Barcelone – Barcelonnette.

Lire aussi : Pilote de lignes

(mars 2014 – juillet 2014)

BIBIOTHÈQUE  : néologisme né en Forêt de Soignes, un dimanche matin de printemps. Au détour d’un chemin, je tombe sur cette magnifique bibliothèque bio. Ces arbres rangés si proprement, comme des livres sages. Et cette envie soudaine de déménager mes livres pour les héberger ici, en pleine nature. Mais comment procéder ? Mes livres érotiques, je pourrai les cacher derrière un charme. Mes livres professionnels, c’est sûr, seront stockés durant un trimestre sur les branches d’un bouleau. Mes revues philosophiques trouveront une place de choix auprès d’un hêtre cher. Les quelques nécrologies, découpées au hasard d’une lecture, se recueilleront ad vitam aeternam auprès de quelques sapins bienveillants. Quant à mes livres de cuisine, ils seront les bienvenus chez les pins, bientôt à couper. Enfin, mes chroniques musicales feront un retour dans le passé auprès de saules des années 70. Ainsi, lors de chaque balade dominicale, je passerai ma main sur chaque arbre comme si, en quête d’inspiration, je feuilletais un livre et retrouvais un vieil ami.

BIÈRE : mot féminin d’origine belge. Allez ket. Il est d’origine belge, ce mot d’actualité rafraichissant, non ? On la retrouve dans nos verres, dans nos bouteilles et sur tous les écrans. Après le breuvage Jupiler (“Jupes, les mâles savent pourquoi”) destiné à calmer nos gosiers échauffés par les exploits de nos Diaap’ version Coupe (et non verre) du monde, place au bleu glacé de la Maes qui abreuvera tous les festivals et envahira les espaces médiatiques. Encerclés que l’on sera. Échec et malt. Nous serons noirs d’alcool. Ou blonds. C’est selon. À trop y goûter, on finit par la retrouver. Cette fois couché pour de bon. Les messages d’avertissement n’auront servi à rien. Pourtant, on avait juré sous ferment qu’on ne nous y prendrait plus. La modération ? Voilà la vraie consigne. (juillet 2014)

BLINDÉ  : le premier sens, c’est un véhicule militaire recouvert d’un blindage d’acier. Dans le langage courant, blindé veut dire endurci, immunisé, protégé, figé. Figé comme l’ONU qui ne peut apparemment rien contre des blindés. (Je parlais de je ne sais plus quel continent à fort concentration de dictateurs, cela pourrait s’appliquer à la Syrie aussi.)

BLOCUS : opération visant à couper le ravitaillement (nourriture, armes…) ou les communications d’une zone. En Belgique, cela signifie aussi une période pendant laquelle les parents sont bloqués à la maison, cernés par toute une série de matières plutôt agressives. (Les blocus militaires ont la fâcheuse manie de durer plus que quelques semaines par an.)

BOMBARDEMENT : (n.m) Mot masculin en effet, car la violence est mal et mâle. Seuls les ouragans portent des prénoms féminins, laissons-leur cela, les mecs !

Ce mot, très long et très lourd (on croirait l’entendre exploser, une sorte de longue onomatopée meurtrière, BOM-BAR-DE-MENT), on le subit sur la planète entière. En Lybie, en Syrie, en Irak, à Gaza, à Donetsk et sûrement dans d’autres régions du monde qui nous ont échappé.

On n’a pas eu l’info car les sites d’information (les vrais… et aussi depuis peu les faux (Nord Presse (en Belgique), Tomimag dans l’Est de la France et le plus connu le Gorafi bien sûr) l’ont oublié alors qu’ils nous bombardent allégrement.

Ils nous canardent, ils nous enchaînent. Des roquettes, des oranges, des grenades, des cendres de volcan, des grêlons, des gouttes de kérosène pleuvent dans notre subconscient et sur nos têtes de pauvres citoyens du monde, impuissants, le plus souvent. Quand ce ne sont pas les rétrospectives des combats qui ont occupé nos aïeuls voici un siècle.

Les Gaulois ne craignaient qu’une chose, cela nous arrive à présent, 2.000 ans plus tard. L’infobésité et ce sentiment aussi d’impuissance en face de la vitesse et de l’inhumanité des nouvelles neuves immondes (pensez au Journal de Groland) participent à la morosité générale. Ils nous tuent, à petit feu.

Je vous laisse, je m’exile sur une île déserte. Dans l’océan. Pacifique. Tiens, bonne idée. En espérant qu’il y ait la 4G. (août 2014)

BOMBE  : appareil explosif. Nom féminin fort répandu dans le monde, surtout en ce moment, à Cannes ou à Damas (Syrie). Et chacun d’observer : journaliste people ici, observateur O-nu là. Et moi, trop occupé à rêver de bombes anatomiques, j’en oublie presque les bombes humaines qui planent au-dessus de nos têtes. (24/05/2012, Cannes bat son plein, Bachar bat son peuple.)

BONJOUR : Quelques conseils pour dire « bonjour » correctement le matin au boulot. Aaaah, le matin, lorsque nos yeux sont encore remplis d’oreillers. Quand nous nous dirigeons, branchés sur le pilote automatique, vers notre lieu de travail. Quand on ne sait pas encore très bien ni ce que l’on fait, ni ce que l’on dit. Au fait, comment dit-on « bonjour », un des mots les plus importants de la langue française ? Plusieurs exemples vécus en entreprise :

  • un bonjour sonore et chaleureux, pour un collègue que l’on n’a plus vu depuis dix réunions,
  • un bonjour « options complètes » avec accolade, embrassade, petit mot gentil, qui peut parfois durer de longues minutes (sans pour cela en arriver à un bonsoir…),
  • un bonjour automatique, sans aucun relief ni signification,
  • un bonjour volé : se dit d’un bonjour en réponse à un autre qui s’adressait en réalité à une tierce personne,
  • un b’jour rapide, ou d’évitement, précédant généralement une fuite dans les couloirs pour ne pas se voir demander mille et une choses inintéressantes,
  • un non-bonjour, qui a la même volonté que le précédent.

Venons-en au fait : comment dire bonjour de la bonne manière ? Regardez droit dans les yeux de votre interlocuteur, arborez votre plus beau sourire, et lâchez sans aucune appréhension ni honte : BONJOUR ! À ce moment-là, vous souhaitez réellement une bonne journée à votre collègue.

BROCANTE  : n.f. Déménagement d’une cave à une autre.

J’ai toujours adoré les brocantes. Comme visiteur, comme vendeur. C’est comme vendeur que j’ai eu le plus de belles histoires. Le plus de désillusions aussi.

La brocante, c’est le royaume du n’importe quoi et du magnifique. L’éclair dans votre oeil quand vous trouvez l’objet de votre enfance pour 3 euros six sous. Le drame quand le jouet de vos huit ans passe entre les mains d’un acheteur plus rapide ou plus rusé. Car il y a des techniques pour avoir (presque) ce que l’on veut pour (presque) rien :

  • venir aux aurores, comme les Wonderboys (vous savez, ces êtres sortis de l’obscurité et qui fouillent votre véhicule, munis de leur lampe de poche (… aux piles wonder)
  • venir à la fin de la brocante (avec le risque de ne plus rien trouver)
  • marchander (un peu), partir, revenir… Envoyer des amis pour marchander le même objet. Voyant que l’objet ne se vend pas, le vendeur abaissera sans doute son prix
  • faire les poubelles. Mais oui.

La brocante, c’est aussi un folklore, des odeurs et des objets indispensables :

  • la banane et ses sucres lents – le sac banane pour les clés, les billets, le ticket de réservation
  • les vêtements mis l’un sur l’autre, que vous préférerez à un gros pull
  • le thermos de café
  • le sac à dos, pour y loger vos trésors.

La brocante, c’est l’occasion de parler de vos objets préférés. Je n’aimais rien de mieux que de pouvoir discuter musique avec un gars qui m’achetait un CD que lui seul et moi connaissions.

La brocante, c’est une faune incroyable de collectionneurs en tous genres : des cervalobélophiles (collectionneurs de bock de bière), des numismates (collectionneurs de monnaies), des philatélistes… Des nostalgiques ou des commerçants, qui passeront devant votre nez pour revendre un objet bien plus cher quelques mètres plus loin.

La brocante, c’est le royaume de la débrouille. Les faux amateurs que l’on retrouve à chaque brocante et qui ne sont pas en ordre de cotisation sociale, les Péruviens et leurs pulls andins qui s’installent peu après le passage du contrôleur, les vendeurs à la sauvette qui fourguent leur marchandise volée, les stocks de faillite. Un véritable commerce parallèle, car il faut bien vivre. Vous avez vu le nombre de brocantes exploser avec les années ? Chaque école, chaque commune a la sienne.

Ma commune (Auderghem) n’en possède pas moins de 4 régulières, dont une chère à mon coeur : la brocante de la place Pinoy.

CANICULE : période de grande chaleur. Sa définition n’est pas la même, que l’on soit en Afrique ou en Suède. On parle d’un certain nombre de jours à autant de degrés, le jour, la nuit… Peu importe le pays écrasé par les rayons du soleil, la population souffre. Mais au contraire des pays où la chaleur n’est qu’un problème parmi d’autres, nos frigos à nous ne désemplissent pas. Brochettes de merguez, agneau et pilons de poulet pour le solide, bières, vin et eau pour le liquide sont nos bienfaiteurs du moment.

Et puis il y a les conseils en tous genres pour éviter les accidents. Mais qui parlera un jour des dangers de Dame nature pour les rédacteurs ? Quand le soleil darde ses rayons, le copywriter sèche. Quand le soleil tape, moi je peine à écrire. Quand l’astre frappe, je cours au désastre. Les phrases collent au bitume, les accroches décrochent, les slogans rougissent. Calor y faire ? Je suis fait comme un Rah…. J’arrive à therme. Je dois économiser mon énergie. Écrire court mais dense. Stop. (19/08/2012 – 35° à midi)

CANONIQUE  : adjectif formé à partir du mot canon qui signifie en grec « règle ». Il s’agit d’une règle disciplinaire interne à une religion. (Wikipedia) Exemple : certains évêques ne respectent pas le droit canonique. Ajoutons que ‘canonique’ n’est pas un gros mot.

CATACHRÈSE  : figure de style consistant à détourner un mot de son sens propre en étendant sa signification. Dans l’actu (chaude) depuis une semaine et pendant une semaine encore : vague de froid. (Article sans doute écrit alors qu’il était censé faire chaud ce jour-là…)

CHANGEMENT : (n.m) Fait de changer, fait d’être modifié. Rime avec maintenant. Vont ensemble dans un slogan.

Mot non interchangeable. Car il est là, tout le temps. Le changement d’hier, c’était notre habitude. On y tenait. À tort. Car on change sans cesse.

On change d’air.

On change d’avis.

On change de job.

On change d’heure.

On change de pays.

On change la litière.

On change de valise.

On change de disque.

On change de lumière.

On change de chemise.

On change de raquette.

On change de partenaire.

On change de changement.

CHIFFRE  : (n.m.) signe, symbole ou mot tout simplement qui afflue en nombre dans nos vies à JT.

Le chiffre fait du bien quand il y a trop de mots présents. Il résume. Il dit tout ou apporte une valeur ajoutée. Un de mes professeurs nous avait un jour conseillés de prévoir des chiffres dans nos présentations. Des chiffres marquants.

Il y a le chiffre du jour aussi, présent sur des pages internet ou dans des rubriques économiques.

Et puis il y a les chiffres qui nous transportent ou auxquels on se raccroche, qui nous font du bien. Ceux, dictateurs, qui dirigent nos vies et nos entreprises (le chiffre d’affaires, faire du chiffre) ou dont on se méfie.

Allons-y pour une liste de chiffres dans l’air du temps qui, mêlés aux lettres, forment codes, numéros, marques ou encore véhicules :

  • B12 ;
  • C4 ;
  • CAC40 ;
  • CAP 48 ;
  • croissance 0 ;
  • E111 ;
  • E411 ;
  • F16 ;
  • IB5161.

Quels sont vos chiffres personnels ? Quel est le chiffre de votre vie ? (octobre 2014)

COUVRE-CHEF  : n.m. Accessoire de mode qui se porte sur la tête.

Un couvre-chef, cela peut servir pour protéger son boss, ou son gros bonnet.

Un couvre-chef peut être un panama, que l’on porte pour se protéger du soleil, des regards et appareils photo des curieux, alors que l’on élude dans les pays chauds l’impôt des pays tempérés.

Un couvre-chef peut être un chapeau, basique, que l’on porte pour se protéger des caméras de surveillance après avoir commis un attentat sur Madame Chapeau, justement.

Un couvre-chef peut être un képi, de plus en plus présent à Bruxelles.

Un couvre-chef peut être un casque, bleu pour protéger (en principe).

Un couvre-chef peut être un feutre. Son homophone pourrait servir à rédiger un chapô, mais cet article n’en contient pas.

Un couvre-chef peut être une casquette. Interdite au foot, certains s’en prennent souvent une par grande défaite.

Un couvre-chef peut être un foulard. Très à la mode aussi.

DÉPISTAGE  : (n.m.) examen pour détecter une maladie éventuelle auprès d’une personne saine.

C’est à l’occasion d’un dépistage banal dans son entreprise que Mélanie M., 24 ans, employée, apprit qu’elle venait d’attraper un cancer fulgurant de la peau. Sa surprise fût énorme, elle qui n’avait jamais rien eu jusque-là comme problème majeur. Une contre-analyse demandée par son médecin traitant et effectuée par les plus grands spécialistes en la matière anéantit les espoirs de la jeune Bruxelloise.

Comment peut-on attraper un cancer en si peu de temps ? Mélanie : « OK, c’est vrai je me suis exposée avant-hier 20 minutes dans mon jardin. J’avais mis de la crème solaire protection 50+ des laboratoires Yves Grossepierre, il semble que cela n’a servi à rien, dit-elle en sanglotant. »

Notre journaliste a interrogé le professeur Gérard Michalombre de l’Institut Bordet : « Ce cas malheureux est en effet inouï et, à l’heure actuelle, totalement inexpliqué. Nous avons interrogé nos confrères américains, qui nous confirment l’étrangeté de cette affaire. De tels ravages sur la peau surviennent en général après de longues années d’exposition au soleil, associées à un usage fréquent des bancs solaires et à un manque de protection. C’est du jamais vu ! »

À la fin de notre interview, le professeur se fait (trop ?) sévère : « Quand même, ce n’est pas très malin de s’exposer quelques minutes au soleil après un hiver à rallonge et un printemps pourri, dans une région où il a plu quasi tous les jours et où le niveau d’ensoleillement a atteint des minima historiques. Que cela serve de leçon pour nos compatriotes qui veulent bronzer en juin ! » Vous avez dit ‘imprudence’ ?

Nous avons interrogé Loïc Troullemans, libre de prestations auprès de l’IRM, qui se veut rassurant pour la population : « il n’y a aucune inquiétude à avoir : dans quelques jours, quelques heures même, le temps redeviendra pourri car l’anticyclone va nous quitter pour de longs mois. Nos compatriotes ne revivront pas le même calvaire que Mélanie. »

DISSENSUS  : ce mot latin n’est apparemment pas dans le dico ; je l’ai pourtant entendu ce soir à la télévision sur un sujet de politique française. Vous avez bien sûr compris que DISSENSUS remplace depuis quelque 300 jours son antonyme (CONSENSUS) à propos de notre politique belge.

ÉLECTIONS  : choix réalisé au moyen d’un suffrage (vote, approbation) auquel toutes les personnes disposant du droit de vote, le corps électoral, sont appelées à participer. Ce corps qui, dans nos contrées, parfois les redoute, alors qu’ailleurs il les espère… pour ensuite en contester les résultats. (Je ne sais plus de quel État antidémocratique je parlais ; à moins qu’il s’agissait d’un État dit démocratique ?)

FUITE  : action de fuir. A ne pas confondre avec TWEET. Mot à la mode en ce moment (juillet 2012). Fuite dans la presse française à propos du dossier Mohamed Merad, fuite dans un des bassins de refroidissement de la centrale de Thiange, fuite des Belges vers le soleil, fuite des Grecs vers la Belgique (car l’air y est plus frais, notamment…). Fuite devant les chars de Bachar. Personne n’aime rester en place, semble-t-il.

GRÈVE  : (n.f.) plage. Ou plage horaire pendant laquelle on ne fait rien. Tout en bossant à revendiquer. Tout en bloquant :

  • ceux qui ne seraient pas payés s’ils faisaient grève ;
  • ceux qui n’ont pas envie de faire grève ;
  • ceux qui ne peuvent pas faire grève ;
  • ceux qui ne font jamais grève.

 * * *

– Salut Gérard, ça va ?

– Hello Louis. Non ça va pas. J’ai la grève.

– Ah bon, raconte !

– Ces grèves, quel boulot. Grève perlée, sauvage, émotionnelle, sur le tas ou sur le tard (ouais, ça c’est une grève surprise)… M’en sors plus à la fin.

– En effet, pas simple à suivre.

– Je préfère encore bosser. Sans parler des grèves tournantes. C’est à qui le tour, je sais plus. J’ai un agenda de ministre.

– Exact, qui soutient qui et pourquoi ? Les rouges, les verts et les bleus face aux soi-disant jaunes…

– Je déraille, moi. J’en suis venu à me bloquer moi-même, putain. Un matin, j’ai installé un piquet devant ma porte. Ça puait les pneus brûlés, m’a dit ma femme.

– Je la comprends.

– Ouais, surtout que c’était les pneus de notre bagnole. Bon pour les bouquins brûlés elle a rien dit. Toute façon, on lit jamais.

– Dis c’est quoi ce bruit dans ton jardin ?

– On a recueilli un zèbre.

– Et y fait quoi votre zèbre ?

– Rien, la grève. La grève du zèbre.

– Bonne journée Gérard !

(novembre 2014)

HOMO POLITICUS  : personnalité de premier rang fort bousculée ces derniers temps. On la déboulonne, on la vire, on l’exile, on l’enferme (avec une clé – « conclave ») ou on la flingue. Certains restent en place, trop occupés à bousculer, virer, faire exiler, enfermer ou encore flinguer… (Je comparais nos personnalités belges en plein conclave avec d’autres responsables moins recommandables.)

IMBÉCIVILITÉ : n.f (néologisme) idiotie urbaine qui consiste, par exemple, à se garer sur un passage pour piétons.

IMPÉRITIE : ignorance, incompétence. Mot sans doute trop fort pour railler le nouveau président d’en bas, mal à l’aise sur le tarmac de Berlin puis en cravate sur la terre décontractée de Camp David. Mot (latin, sic…) de bon aloi que l’on peut attribuer aux Grecs dans la gestion de leur budget national. En tout cas, envisager de les voir quitter l’Europe, eux les inventeurs de la démocratie, le même jour que l’annonce de l’entrée en Bourse de Facebook, ça fait bizarre, non ? (19/05/2012)

KALASHNIKOV : fusil d’assaut créé par un ingénieur russe qui a réussi à vivre jusqu’à 94 ans sans s’en prendre une. C’est en tout cas ce que pense une fille canon avec qui j’ai diné d’une mitraillette, Place du jeu de balles. Elle avait la larme à gauche. Pour la consoler, je l’ai emmenée dans une boite près de l’Arsenal mais c’était le coup de fusil :( (Mort de Mikhaïl Kalachnikov, inventeur de l’AK-47)

LIVRE : hêtre vivant. Comme un végétal, composé de feuilles reliées entre elles par un tronc commun, par une couverture, par une écorce qui recèle des mots qu’on aime, des histoires qui réveillent notre curiosité. À chaque branche, son chapitre. Sur certaines, des nids dans lesquels il fait bon lire. Joseph Aynard, poète lyonnais, a écrit ceci : « À vrai dire, nous ne choisissons pas nos livres, ce sont eux qui s’imposent en quelque manière. Il ne faut avoir à soi que les livres qui ont excité à quelque degré notre curiosité ou notre amour ». Un livre s’installe dans votre bibliothèque, véritable forêt d’histoires et maquis de souvenirs… Si vous l’abandonnez, il saura se faire discret, rester en jachère un mois, un an ou plus, puis refleurir devant vos yeux, et vous supplier de le feuilleter. Encore une fois… Vous le prendrez dans vos mains, le retournerez sans doute et là, peut-être, vous l’étreindrez comme une personne chère que vous retrouvez à cet instant. Si jamais l’envie vous prend de vous en séparer, réfléchissez au plaisir que cet hêtre proche de l’abandon pourra procurer à d’autres que vous.

MUR  : n.m. Ce qui protège. Ce qui isole. Ce qui sépare. Un président appelle à ne pas en ériger en Europe. Mais ces laids objets n’en ont cure. Ils fleurissent, si j’ose écrire, partout. Un joli chapeau et un ‘e’ final féminins et voilà le laid gris virer beau bleu. La mûre. Doublé, il se fait plus silencieux. Le murmure. Mais pas besoin de crier pour menacer.

Ce fut d’abord une impression puis une certitude. Les murs se rapprochaient, imperceptiblement.

Le citoyen du monde le sentait. Pour lui, le mur sépare plus qu’il ne construit. Voici vingt-cinq ans, Berlin l’avait quelque peu consolé. Mais ce n’était qu’une illusion.

Les années passant, le monde n’était plus qu’un champ de murs. Le citoyen passait son temps à les franchir ou à les contourner.

Toujours plus hauts, toujours plus laids, toujours plus douloureux.

Il n’avait même pas le talent des tagueurs pour y laisser des messages d’humanité. Il n’avait pas de craie pour y écrire un simple message d’amour.

Car il était fatigué. Et menacé aussi car les murs devenaient vivants et communiquaient entre eux.

Leur but : se multiplier et se rejoindre, en prenant soin d’écraser toujours plus d’êtres humains. Les plus féroces des bâtisseurs, les plus idiots aussi, étaient touchés.

Les murs, tels des robots dépassant leur maître, convergeaient pour ne former au final qu’un immense bloc fait de béton, de ciment, de barbelés souillés du sang et de la peur des hommes.

OXYMORE (ou oxymoron)  : d’origine grecque, ce mot signifie juxtaposition de deux termes a priori antinomiques. Exemple : le « silence assourdissant » des citoyens belges en l’absence de gouvernement digne de ce nom. (mars 2011)

PARADIS FISCAL  : endroit idyllique où les gens d’en haut de l’argent, au détriment des gens d’en bas, amassent. (période Cahuzac et OffshoreLeaks – printemps 2013)

PROCRASTINER  : tendance à remettre systématiquement une action au lendemain. Par exemple, l’ONU procrastine en remettant ses attaques au lendemain, tout comme le gouvernement japonais avec la crise tremblement-tsunami-nucléaire… Je leur conseille de ne jamais remettre à plus tard ce qu’ils peuvent faire faire par quelqu’un d’autre… maintenant. (Oui l’année 2011 a été terrible, et 2012 peut la remercier de n’avoir pas tout procrastiné.)

OUI : adverbe composé de trois voyelles qui marque l’acquiescement, l’approbation, l’affirmation. (Se dit ‘Ja’ à Grimbergen) C’est le mot du week-end. Il a longtemps été battu par le NON ces derniers mois. (Encore un mot dékapant sur la politique belge, enfin revenue sur ses rails, un jour de repos (pour les citoyens) en juillet 2011.)

PLUIE  : mot féminin désignant une précipitation d’eau à l’état liquide tombant de nuages vers le sol. Fait l’actualité en ce mois de juillet 2000douches. La pluie rend tout le monde malheureux : grands, petits, jeunes, vieux, gens de la rue et hommes politiques. Didier Reynders l’évoquait d’ailleurs fort justement dans un de ses tweets : « Encore un dimanche de pluie… » Et sa qualité de ministre des Affaires étrangères lui permet d’en connaître un rayon sur les différentes météos du monde. Enfin, « rayon », le mot est sans doute mal choisi. Si la Belgique est le pays au monde où il y a le plus haut taux de suicide, c’est sans doute lié aussi au climat. Quand il pleut des cordes surtout. Orages, oh désespoir… Moi je n’en veux pas aux météorologues. Après tout, quand un facteur apporte une facture, il ne faut lui en vouloir. Non, il paraît que le vrai coupable c’est l’anticyclone. Déjà que je n’aime pas les antianticyclones dévastateurs.

Si encore on parlait de belles pluies, les pluies chaudes de l’été comme chantait Etienne Daho époque préréchauffement climatique.  Non, nous n’avons droit sous nos latitudes qu’à des pluies médiocres, sans âme, celles que fuient les vacanciers goutte que goutte, celles que combattent péniblement les festivaliers trempés qui dansent ‘de boue’ (NDLR : emprunt à Christophe Bourdon). Quant aux autres, ils restent en ville, comme moi, devant leur Mac ou leur PC. Urbi et ordi. Priant les cieux de déplacer leurs cumulonimbus vers des pays qui en ont vraiment besoin…

RÉSOLUTION  : au moment où les géants de l’informatique confrontent leurs résolutions d’écran et exposent leurs tablettes devant les tribunaux comme d’autres leurs pectoraux, des hommes s’affrontent. Le mot résolution peut avoir plusieurs significations, toutes découlant du sens dissolution, désagrégation, disparition (Wikipedia). Pourtant, sans l’application de résolutions contraignantes, la vie disparaît progressivement dans un pays du Proche-Orient. Sans bonnes nouvelles du monde, les petits de la région créent leur révolution.

De résolution à révolution, il n’y a qu’une lettre, et le géant à la pomme l’a bien compris avec le néologisme  »résolutionnaire ».

Pour revenir à la Syrie, où l’on tue plus d’hommes que d’arbres, faudra-t-il attendre les fameuses bonnes résolutions de début d’année ? Qui de toute façon, elles aussi, ne se réalisent jamais.

Bref, le mot résolution a beaucoup d’acceptions, mais peu d’usage. (05/08/2012, le secrétaire des NU avait jeté l’éponge, le mois de juillet s’était soldé par 4.000 tués en Syrie, j’ai donc pensé à ce mot pas si bon que cela en fait.)

SAINT-VALENTIN  : jour des amoureux.

“Chouette endroit hein ma chérie ?”

“Anderlecht est second au classement, malgré six joueurs partis jouer la CAN !”

“Ma dernière pièce a fait un bide.”

“Oui, chou, tu as vu la déco au mur ?”

“Excusez-moi, pardon.”

“Voici la carte, ah non c’est celle des desserts.”

“Jacques a trouvé un job fan-tas-tique.”

“Quoi, Gérard est sorti avec cette pouffe ?”

“C’est gentil de m’inviter ainsi, tu prends quoi ?”

“Je compte reprendre des études de droit.”

Et puis, tu te souviens avoir demandé une table au calme lors de la réservation.

SERVEUR  : terme utilisé dans la restauration ou dans l’informatique. Aussi en tennis. En matière sportive, le service peut être gagnant. Pour les deux premiers domaines, on doit par contre souvent le qualifier de déplaisant, de plat ou carrément d’hors-service (je fais référence aux pannes actuelles des serveurs de Google, de BASE…). « Nous sommes désolés, mais notre serveur rencontre actuellement des problèmes. » D’accord mais que fait-on si on ne peut pas changer de café ?

SIÈGE : nom masculin. Il peut désigner un meuble, proche d’un fauteuil sur lequel la regrettée actrice hollandaise aux seins de kristel posa si longtemps son séant (ou son siège). Elle sera sans doute inhumée au Père Lachaise. Le siège signifie aussi l’action d’encercler. Encercler une ville par exemple, qui (s’)appelle Alep…. Il peut aussi signifier un mandat. À Bruxelles, lors des récentes élections communales, de nombreux sièges ont changé de séant à la suite de nombreux retournements de situation, perturbant ceux et celles qui ont cru gagner comme dans un fauteuil. (octobre 2012)

SOLDES : mot masculin pluriel désignant une frénésie singulièrement féminine. Nous les voyons apparaître deux fois par an dans nos magasins préférés. Des soldes biannuels donc, alors que les soldes mensuelles concernent le traitement des soldats et de certains fonctionnaires, qui s’empressent de les mettre hors de la vue de leurs épouses dépensières.

TOXIQUE  : adjectif qui nous empoisonne la vie en ce joli mois de mai 2013. Il pousse le vice jusqu’à posséder le double genre, masculin et féminin. D’origine grecque et guerrière (« poison des flèches ») puis latine (« toxicum » – source Wikipédia), cet adjectif au son qui claque se colle aux mots pour les changer en maux.

Des exemples issus de l’actualité ?

  • les actifs toxiques de Dexia, qui freineront la capacité financière de deux pays jusqu’en… 2018,
  • le gaz sarin de Syrie,
  • l’accident de train de Wetteren et ses produits éloignant pour des semaines des dizaines d’habitants de leur domicile,
  • la société même, toxique elle aussi, la toxi-cité… décrite dans le livre « La société toxique » de Pryska Ducoeurjoly. Lisez à ce sujet la critique de Paul Barbieux.

VACANCE  : Temps de repos. C’est aussi une période pendant lequel un poste, une fonction ou un bien reste sans titulaire. Pour la Belgique, on peut tout à fait parler de grande vacance. (Nous n’avions toujours pas de gouvernement et nous en plaignions…)

VITESSE : En physique, la vitesse est une grandeur qui mesure le rapport d’une évolution au temps. La lumière vient d’être détrônée par les neutrinos sur le podium de la rapidité. Pour la Belgique, deux accords majeurs en huit jours, c’est également méga-hyper-rapide.

VOEU  : n.m signifiant promesse, souhait ou désir. Mot tellement galvaudé ces jours-ci qu’il en ressortira lessivé, quelques jours plus tard. Le pauvre, lui qui était déjà ligaturé.

Pour lire une belle histoire sur les souhaits, voeux et étrennes, je vous renvoie à l’excellent blog de Jacques Mercier. Moi, j’ai pas le coeur (tiens, un autre mot ligaturé) à croire en cette tradition. Je n’y crois pas.

Les voeux que l’on m’a souhaités dans le passé ont-il toujours atteint leur cible ?

Étaient-ils suffisamment puissants pour chasser les mauvaises ondes ? J’en doute :

Ces bonnes attentions, lancées par tradition les premiers jours de l’an, ont-elles contribué à mon bonheur ?

Je n’en sais trop rien.

En tout cas, permettez-moi de vous souhaiter une excellente journée, chers membres, chers lecteurs.

Pour le reste de l’année, débrouillez-vous.

Originally posted 2012-05-15 20 :27 :26.

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4 Commentaires

  1. Burny
    Publié le 17 mai 2012 à 15 h 41 min | Permalien

    Bonjour,
    Les fautes d’orthographe vous agacent ? Moi aussi. Ce qui m’agace aussi ce sont les erreurs orthotypographique !
    Au deuxième mot BLINDE. Blinde je ne connais pas, et en lisant le texte je me rend compte que vous parlez de blindé… pourquoi ne pas accentuer le E ?
    Seconde grosse erreur qui me fatigue (si, si, n’ayons pas peur de le dire) Vous terminez votre définition du mot (quel qu’il soit d’ailleurs) par un point final, ensuite vous ouvrez une parenthèse dans laquelle le premier mot n’a pas de capitale initiale (aïe ! que ça fait mal aux yeux !). Pourquoi ? Vous avez terminé par un point votre phrase précédente, donc nouvelle phrase, donc capitale initiale. Il existe cependant une autre solution : vous enlevez le point et le mettez après la parenthèse fermante. Ce qui est logique aussi. Mais bon, dans ces parenthèses la ponctuation finale est dedans (sauf deux fois). Je n’ai plus continué… les erreurs orthotypographiques me font aussi mal aux yeux que les fautes d’orthographes. Je vous lirez plus tard, un autre jour… N’ayez crainte, vous n’êtes pas seul dans ce cas ( ya qu’à lire la presse, je journal Métro est un exemple…dékapant !). Mais à la longue ça fatigue parce que ça relève de la culture et du savoir écrire correctement. Et que quand on écrit un article (qu’il soit papier ou web), on transmet un message (quel qu’il soit) et il est important de le transmettre correctement. Des tas de gens vous lisent (je l’espère en tout cas) et c’est important que leur lecture se fasse sans anicroches. Bien à vous.

    • Publié le 17 mai 2012 à 15 h 59 min | Permalien

      Merci beaucoup pour vos remarques, que je vais examiner très attentivement. Quand je serai sûr de moi, je publierai un billet sur les erreurs de ponctuation en général. Mais je dois d’abord faire le point sur mes compétences. 🙂

  2. Noann
    Publié le 20 mai 2012 à 20 h 07 min | Permalien

    « …je me rend compte… »

    Agaçant aussi… Le nombre de personnes qui méprisent la conjugaison. Et si ce n’était que ça… La paille et la poutre, version moderne…

  3. Noann
    Publié le 20 mai 2012 à 20 h 10 min | Permalien

    « ça relève de la culture et du savoir écrire correctement »

    De facto… Quatre fautes en si peu de lignes ! Répondre à un message aussi, demande de la culture et du savoir… Des tas de gens vous lisent…

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    Quand on a une écriture de cochon, il faut toujours faire relire par autruie.
    ~Philippe